Les perroquets qui vivent en captivité avec nous, viennent de pays plus chauds d’Océanie, d’Indonésie, d’Australie, d’Afrique, d’Amérique centrale et du Sud. Comment se fait-il qu’ils se retrouvent chez nous, au Québec? La plupart des espèces que l’on connait, sont élevés en captivité depuis des décennies, mais le début de cette histoire est plutôt sombre. Ils ont été victimes de leur plumage attirant et de leur intelligence.

L’humain a toujours eu une fascination pour ces oiseaux. Certains peuples, avec qui ils partageaient leur habitat, ont développé une vénération et même des cultes pour eux. Lors des périodes de colonisation, les nouveaux venus ont été tout aussi fascinés, mais ils les ont plutôt collectionnés et déplacés en Europe et en Amérique du Nord pour leur propre plaisir. Depuis cette époque, certaines espèces se sont éteintes, en partie parce qu’ils ont été chassés et capturés pour pourvoir les marchés étrangers, mais également parce que leur habitat, qui est principalement forestier, a été décimé et continue de l’être.

Est-ce que les perroquets en animalerie ont été capturés dans leur milieu naturel?

Heureusement, il est maintenant plus difficile d’importer des oiseaux exotiques. Il faut s’assurer que l’espèce d’oiseau que l’on veut se procurer dans un pays étranger n’est pas protégée. Si l’on est mal renseigné, les conséquences peuvent être très graves; on peut avoir de lourdes amendes à payer et même se retrouver en prison! Ensuite, il faut que l’oiseau nous appartienne depuis plusieurs semaines et posséder la preuve qu’il est en bonne santé pour qu’il puisse entrer au Canada où il passera du temps en quarantaine. L’importation d’un oiseau exotique est donc, plutôt compliquée et très coûteuse. Il faut savoir aussi, qu’un oiseau sauvage ne s’adapte pas facilement à la captivité et aux contacts avec les humains. Un oiseau qui est né et qui a grandi en ayant des interactions avec les humains, fait un meilleur compagnon. Ce n’est donc pas très avantageux pour une animalerie reconnue, de vendre des oiseaux sauvages au Québec.

 

Donc, le trafic illégal d’oiseaux n’existe plus ?

Bien au contraire. Sur le marché noir, le prix d’oiseaux capturés illégalement est beaucoup moindre que celui de la même espèce, provenant d’un élevage. Alors, partout dans le monde, il y a une demande pour des oiseaux à moindre prix et c’est ce qui encourage ce marché. Il y a également des collectionneurs qui veulent posséder les oiseaux les plus rares (donc, les plus en danger de disparition) et qui sont prêts à payer pour se les procurer, en dépit de toutes les lois.   

La plupart des pays du monde ont signé la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, à Washington en 1973. Cet accord protège des espèces afin d’en interdire le commerce si celui-ci peut nuire à la conservation d’une espèce ou à la biodiversité d’une région. Pour appliquer cet accord, il faut déployer des ressources pour surveiller les ports, les aéroports et les frontières, ce qui n’est pas nécessairement évident dans tous les pays. L’instabilité politique, la corruption et le manque de ressources font que des réseaux peuvent s’organiser et installer leur commerce. Ils dissimulent les oiseaux et les transportent dans des conditions abominables, à l’extérieur de leurs pays d’origine. Lorsque ces chargements arrivent à traverser les frontières, beaucoup de perroquets n’ont pas survécus au voyage. Ceux qui ont tenu le coup sont débarqués en douce, puis vendus rapidement afin de ne pas laisser de traces. Ils changent de mains plusieurs fois au cours de leur longue vie et à un certain moment, il est impossible de retracer leurs origines.

 

Est-ce que les perroquets sont en danger de disparition?

Le réchauffement de la planète et la déforestation sont des facteurs très importants dans le déclin des populations d’oiseaux à travers le monde puisque leurs habitats ont tendance à disparaître. Les perroquets en sont victimes en plus de devoir subir une chasse intensive pour le trafic qui ne fait aucune discrimination quant aux espèces les plus rares.

L’Union internationale pour la conservation de la nature publie la liste rouge qui donne le statut de conservation des espèces. Il y a 7 degrés pour décrire l’état de la population d’une espèce :

  • Préoccupation mineure : Ces espèces sont abondantes et le territoire sur lequel on les trouve est étendu.
  • Presque menacée : Les populations de ces espèces sont en déclin et ils seront menacés sous peu.
  • Vulnérable : Les populations sont menacées parce que les populations ont beaucoup trop décliné.
  • En danger : Ces espèces sont à haut risque de disparaître de leur habitat naturel.
  • En danger de façon critique : Ces espèces sont à risque extrême de disparaître de leur habitat naturel.
  • Éteinte dans la nature : Les représentants de ces espèces ne se rencontrent qu’en captivité.
  • Éteinte : Il n’y a aucun survivant de l’espèce.

 

Les perroquets, c’est un terme qui désigne un groupe de plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux, lequel est divisé en « sous-groupes ». Par exemple, lorsqu’on mentionne le groupe des Aras, on parle d’une vingtaine d’espèces qui se ressemblent. À l’intérieur de chaque sous-groupe, tel les Aras, Amazones, Cacatoès ou Perruches, on trouve des espèces dont le déclin de population est attribuable au commerce illégal.

Voici des espèces assez courantes au Québec, avec leur statut de conservation selon l’UICN :

 

Comment faire pour aider la conservation de la biodiversité des perroquets dans le monde ?

En s’informant et en restant conscient des gestes que l’on pose. Si on a envie d’adopter un perroquet, il ne faut prendre aucune décision sur un coup de tête. Il faut s’assurer de choisir un perroquet chez un éleveur ou une animalerie qui peut nous fournir des preuves écrites de la provenance de notre perroquet. Évidemment, pour que ce geste ait un effet, il faudrait que tous ceux qui veulent acheter un perroquet, refuse de payer lorsque son histoire est inconnue. Cela forcerait les éleveurs à se déclarer, à faire les choses selon les règles et il y aurait moins de chance qu’ils soient tentés par des oiseaux issus du commerce illégal.

 

Souvent, des gens veulent céder leur perroquet, est-ce qu’il faut se méfier ?

Les perroquets vivent très longtemps et parfois, des circonstances imprévisibles forcent les gens à les faire adopter. Peu importe les raisons, il arrive très souvent qu’un perroquet change de famille. Il arrive également, que ces personnes n’aient pas de preuves de la vie qu’a eue leur coco avant eux. C’est normal car au Québec, il n’y a pas de surveillance très stricte des transactions entourant les oiseaux. Il faut prendre le temps de poser des questions et vérifier si la personne qui vend l’oiseau connait ses habitudes, son caractère et son état de santé. Si la personne n’a pas de réponse à vos questions, cela ne veut pas dire que le perroquet vient du marché noir, mais comme la revente d’oiseau volés (ou trouvés) est une autre triste réalité, cela permet d’éviter d’encourager les criminels.

Si vous voulez adopter un perroquet en vous protégeant des fraudes tout en aidant des perroquets, pensez à regarder du côté des refuges reconnus. Ceux-ci recueillent des perroquets, les entretiennent avec amour, les remettent sur pied avant de leur trouver une famille parfaite pour eux. Ils pourront vous guider dans le choix d’une espèce et d’un individu compatible avec votre mode de vie.

 

Liens intéressants :

UICN, Union internationale pour la conservation de la nature : https://www.iucn.org/fr

CITES, La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction : www.cites.org

 

Crédit photos : Perroquet secours, Dominique Dubreuil, Josée Dubreuil, Lisa Keelty et Karyne Chénard.

 

 

Dominique Dubreuil

Administratrice et chargée de projet

Perroquetsecours 2018