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Le quaker

Un petit monstre vert adorable! Perruche moine, perruche souris et conure veuve sont les noms utilisés en français pour nommer le Myopsitta monachus. Très souvent, au Québec, on utilise son nom anglais : « Quaker ». C’est un oiseau qui est originaire du centre de l’Amérique du Sud, plus précisément, du Brésil, du Paraguay, de l’Argentine et des pays avoisinants. En Europe, en Asie, aux États-Unis ainsi qu’en Amérique centrale et dans les Antilles, on retrouve de grandes colonies bien installées. Comment cela peut-il être possible? L’hypothèse la plus plausible est que ces colonies se sont développées à partir de quelques individus échappés dans la nature par l’humain et ayant réussi à s’implanter grâce à leur débrouillardise et leur grande faculté d’adaptation à des climats et des habitats différents. Cet oiseau est si robuste qu’il peut survivre à l’hiver (peut-être pas à un hiver québécois, par contre). Dans plusieurs pays, la perruche moine fait parler d’elle; elle peut voler l’habitat d’oiseaux indigènes et ravager des champs quand une colonie décide d’aller se nourrir. Elle n’a malheureusement pas très bonne réputation.

De taille moyenne, elle mesure 30 cm et sa masse se situe habituellement autour de 150 g. Elle est verte avec un front et une poitrine gris pâle, et son bec est beige rosâtre. Ses ailes sont un peu plus colorées, car ses plumes de vol sont d’un bleu turquoise. L’homme, à force d’en faire l’élevage, a réussi à développer des perruches moines de différentes mutations, mais à part des individus bleus plutôt que verts, ces perruches sont très difficiles à trouver sur le marché. Elles n’ont pas de dimorphisme sexuel, ce qui veut dire qu’on ne peut déterminer si ce sont des mâles ou des femelles à partir de leur apparence. Leur espérance de vie est d’une trentaine d’années.

Comme oiseau de compagnie, la perruche moine est semblable à la majorité des perroquets et les soins à lui prodiguer sont les mêmes. Elle a une alimentation de base granivore, qui doit être supplémentée de fruits, légumes, fromage, grains germés, aliments extrudés, etc. Les sorties pour se dégourdir les ailes sont essentielles, et ce, chaque jour. Si votre perruche moine est heureuse, elle sera une compagne adorable et surprenante. Elle est très douée pour apprendre à imiter des sons et de courtes phrases, elle est comique et sa curiosité n’a pas de limite; elle n’a peur de rien.  Plusieurs témoignages contradictoires sont rapportés à propos de sa personnalité. D’un côté, elle est adorée et décrite comme un clown intelligent et câlin et, de l’autre, elle est détestée et dépeinte comme un monstre agressif et un tyran. C’est qu’elle n’est pas facile à comprendre et cela vient de certaines de ses particularités qui sont sans doute mal interprétées.

Premièrement, une des particularités de son espèce, qui influence beaucoup son comportement, est son goût pour la construction. Alors que la majorité des perroquets recherche un creux dans un arbre pour installer son nid, notre perruche moine, elle, se construit un nid complexe. Ses constructions sont de petits joyaux d’architecture et de véritables appartements! En effet, les nids de ces oiseaux sont divisés, la plupart du temps, en trois pièces différentes : une chambre pour la ponte et l’éclosion, un salon pour les petits lorsqu’ils auront grandi et un hall d’entrée qui permet de monter la garde. Lorsque la perruche moine se retrouve en captivité, ce comportement est inscrit dans ses gênes et se traduit par une territorialité très, très marquée. Ce peut être comique de l’observer déplacer les objets dans sa cage afin de décorer à son goût, mais ce n’est plus drôle lorsque notre adorable compagnon se transforme en bête féroce et attaque toute main voulant s’approcher de sa cage. On dit que plus sa cage est petite, plus elle la gardera jalousement.

Deuxième particularité : ce sont des oiseaux grégaires. Les colonies vivent en « condos »; des centaines de familles construisent leur nid à partir de celui de leurs voisins. La communication est primordiale entre voisins et on peut distinguer différents « dialectes » d’une colonie à l’autre. L’outil essentiel pour la communication est la voix. Notre petite perruche moine a d’ailleurs tendance à la développer avec talent et à s’en servir pour nous appeler… avec force. Ici aussi, on trouve deux côtés à la médaille : elle a tout un charme lorsqu’elle imite des sons, qu’elle parle et qu’elle chante, mais elle perd un peu de son charme lorsqu’elle se sent délaissée et qu’elle exprime son indignation en criant à tue-tête dans la maison.

La perruche moine est l’un des perroquets les plus incompris. Trop souvent, un oiseau élevé dans des conditions inadéquates va développer de mauvaises habitudes, qui conduiront à une escalade de cris et de morsures. Alors, la famille commencera à en avoir peur, à réduire les interactions et à limiter les sorties de la cage. Cela aura pour effet de rendre la perruche moine malade de solitude et, comme c’est une espèce qui a tendance à faire du picage (se déplumer), d’autres problèmes se développeront. Malheureusement, les histoires du genre, dans le cas des perruches moines en particulier, sont très courantes et mènent à l’abandon.

Pourtant, ce genre de drames peut être évité. Il faut comprendre que la perruche moine a besoin de sa colonie. Il est essentiel qu’elle ne s’attache pas à un seul humain, et c’est pour cette raison que tous les membres humains de sa colonie doivent prendre le temps de la manipuler, de jouer avec elle et de la nourrir afin qu’elle développe des affinités avec plusieurs personnes. De plus, il est conseillé de lui fournir plusieurs endroits équipés de jouets différents dans la maison. De cette façon, elle a moins de chances de devenir possessive de ses jouets et de sa cage, ainsi que de développer des comportements territoriaux.

Comprendre le fonctionnement de notre perroquet et adapter la vie en captivité pour répondre à ses besoins sont les premiers pas vers une relation saine avec lui. Si on n’a pas suffisamment de temps à consacrer à notre perruche moine, on ne pourra jamais développer cette relation de confiance avec elle. Par contre, si on s’y investit un peu, cet oiseau deviendra le petit clown enjoué et câlin dont on entend parler.

 

Dominique Dubreuil

Administratrice et chargée de projet

Perroquetsecours 2016