L’histoire de Billy

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Billy est l’instigateur des avis de recherche, il est la raison d’être de ce site. Si j’ai tardé à écrire son récit, c’est que je suis encore très émotive lorsque je parle de lui; j’ai dû écrire son récit en plusieurs étapes mais je devais le faire. Si je peux grâce à ce récit contribuer à prévenir de telles tragédies, j’aurai atteint mon objectif.

Billy est un petit perroquet de Jardine que j’ai recueilli alors qu’il était oublié dans le fond d’une cage posée directement sur le sol, sans aucun jouet, dans une animalerie dont je tairai le nom, mais où je ne remettrai jamais plus les pieds pour des raisons évidentes. Il a tout de suite conquis mon cœur! Un lien très fort s’est noué entre nous. Mon quaker Paco, qui était pour ainsi dire mon perroquet unique, s’est montré très jaloux à son arrivée, mais Billy était tellement irrésistible, que Paco n’a pas eu d’autre choix que de succomber à son charme lui aussi. Ils se sont apprivoisés tout doucement et partout où Paco allait, Billy le suivait; ils étaient devenus inséparables.

Billy & Paco

À l’été 2008, nous sommes partis (les cocos, le chien et nous) en motorisé pour prendre des vacances bien méritées. J’avais acheté des cages de voyage pour eux, installé une aire de jeux à l’intérieur du motorisé et m’étais aussi procuré une tente moustiquaire afin de les protéger des moustiques quand ils seraient dans leurs cages à l’extérieur; bref, toutes les mesures de prévention avaient été prises, du moins c’est ce que je croyais. Nous avions fait le tour du Nouveau-Brunswick avec Paco, donc nous savions à quoi nous attendre. Pour Billy, c’était le premier voyage du genre, mais j’étais loin de me douter que ce serait malheureusement son dernier et le mien également. Voici son histoire :

Mon oiseau s’est envolé (8 juillet 2008)

Après cinq jours au camping Ivy Lea à Landsdowne, Ontario, avec la petite famille, les vacances allaient bon train et tout se déroulait à merveille. Depuis notre arrivée, la température était idéale, ni trop chaude ni trop froide; les oiseaux profitaient du grand air, bien protégés dans leur cage de voyage dans l’abri moustiquaire, comme en témoigne cette photo :

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Le 8 juillet 2008, tout a basculé. C’était le premier jour de canicule, et il faisait franchement trop chaud pour sortir les oiseaux dehors. Paco et Billy étaient souvent libres à l’intérieur du motorisé; ils étaient trop occupés à guetter nos faits et gestes par la fenêtre de côté pour penser à briser quoi que ce soit. Nous pouvions les entendre faire un brin de jasette par la porte moustiquaire. Par le fait même, nous avions une bonne idée de ce qu’ils manigançaient et de l’endroit où ils étaient. Mais ce jour-là, vu la chaleur accablante, j’avais réglé l’air climatisé au plus bas pour que ce soit confortable pour eux. J’ai donc dû enclencher la porte principale sur la porte moustiquaire et du coup, je ne voyais plus où ils étaient.

À un moment donné, j’ai dû aller chercher de l’eau pour mon chien. J’ai donc ouvert la porte juste un peu afin de voir où se trouvaient les oiseaux. Ce faisant, j’ai sûrement fait sursauter Billy, qui s’est faufilé par l’ouverture d’à peine 5 centimètres. Je l’ai regardé partir impuissante; il est monté si haut qu’en 10 secondes à peine je l’avais perdu de vue. J’ai aussitôt appelé des amis qui séjournaient au même camping que nous pour obtenir leur aide. Mon amie Carole, que Billy connaissait, m’a rappelée 15 minutes plus tard pour me dire qu’elle était en pleine discussion avec lui. Il se trouvait sur la cime d’un arbre centenaire face au motorisé, à environ 250 mètres de nous. Je me suis rendue en courant avec sa cage de voyage. Billy était à son aise, nous faisant ses plus beaux coucous et nous sifflant ses plus belles chansons mais impossible de le faire redescendre…puis, trois corbeaux l’ont pourchassé et il est disparu encore une fois. Nous avons arpenté le site plusieurs fois sans succès. Cette nuit-là, il faisait très froid et il pleuvait à torrents. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Il me semblait l’entendre crier à travers l’orage et j’ai dû pleurer toutes les larmes de mon corps.

À l’aube, au premier chant des oiseaux, j’étais dehors à chercher Billy, café et arachides à la main. Tous les vacanciers dormaient encore alors je me faisais discrète en appelant son nom, et je marchais en regardant par terre et dans les arbres. En arrivant près d’un arbre mort, j’ai vu un oiseau à sa cime; le cœur battant, j’ai appelé Billy… c’était lui! Il m’a tout de suite reconnue et a essayé de revenir vers moi en volant, mais il n’y avait aucune éclaircie dans le boisé. Il a fait trois grands cercles au-dessus de moi tout en poussant des cris de désespoir puis, incapable de redescendre et épuisé, il est parti dans une autre direction. Je l’ai cherché et j’ai marché je ne sais plus combien de milles pour revenir bredouille à mon site. Un bon ami à nous, Jean-Charles, m’a appelée de Vaudreuil pour savoir comment se déroulait nos vacances; il a tout de suite ressenti ma détresse et m’a offert de confectionner une affiche pour me la faxer au camping. Je suis allée à l’entrée pour la recevoir et à mon retour, j’ai dû m’asseoir un peu car j’avais les pieds en feu; c’est alors que Billy est sorti de la forêt derrière le motorisé. Paco poussait des cris de reconnaissance car il savait que c’était lui. Puis, Billy a pris la direction de l’allée qui menait à l’entrée. J’ai couru de toutes mes forces pour le rattraper en hurlant son nom, il s’est retourné tout en volant et c’est la derrière image qui me reste de lui. Je m’en veux encore tellement d’avoir ouvert cette satanée porte!

Je ne pouvais pas me résoudre à quitter le site et je ne voulais pas déplacer le motorisé car c’était le point de repère de Billy, qui restait dans les parages. Nous sommes donc restés trois semaines de plus pour mettre des affiches partout, faire du porte à porte, alerter les stations radios, les journaux locaux, les vétérinaires, les animaleries, la société de protection des animaux, la police et les douaniers. Une station radio a même organisé une battue avec l’aide de ses auditeurs, mais sans succès. Toutes nos journées étaient consacrées à chercher Billy ou à tout ce qui pourrait nous aider à le retrouver. À chaque téléphone, mon cœur s’arrêtait, et l’espoir renaissait pour faire place à la déception. Nous faisions des rondes en canot pneumatique tous les jours car nous étions sur une des îles de la région des Mille-Iles. Nous connaissions beaucoup de plaisanciers qui se trouvaient en vacances; ils ont posé des affiches de Billy partout, même sur les îles avoisinantes qui n’étaient accessibles que par bateau. Bref, Billy était sans aucun doute le perroquet le plus connu en Ontario.

Après trois semaines de recherches intensives sans piste sérieuse, nous avons dû à regret nous résigner à quitter les lieux. Pour moi, c’était comme si je l’abandonnais à son sort et une partie de moi est restée là-bas avec lui. De retour à la maison, le premier réflexe de Paco a été de voler au sous-sol pour voir si Billy y était; bien sûr sa cage était vide, ça lui a brisé le cœur et le mien également! Je le chercherai toujours un peu. J’ai espoir qu’un jour un vétérinaire détecte sa puce ISO et me téléphone pour me dire : Nous avons votre oiseau, Madame! J’ai bien le droit de rêver et d’espérer, n’est-ce pas?

Cette photo a été prise la veille de son départ alors que je préparais une petite pâtée tiède avant le dodo.

that was the night before he flew away, i was making them oatmeal

Après ce tragique événement, j’ai perdu tout intérêt pour le motorisé et nous l’avons vendu. Je ne me remettrai jamais totalement de cette épreuve. Ses cris de désespoir retentiront encore longtemps dans mes souvenirs. Pas un jour ne passe sans que je pense à lui…il me manque tellement! C’est en cherchant Billy que j’en suis venue à monter une banque de données contenant des centaines d’avis de recherche qui a donné lieu à la création de Perroquetsecours. Sachez que si jamais c’était le vôtre qui s’envolait, vous trouverez un allié et un outil indispensable en Perroquet secours, ainsi qu’une équipe de bénévoles passionnés d’oiseaux bien sûr, mais surtout dévoués à notre cause.

Pour moi, aimer un oiseau c’est lui laisser les ailes pleines et c’est malheureusement courir le risque qu’il s’envole un jour. Soyez toujours très vigilant avec vos oiseaux : ça n’arrive pas qu’aux autres et j’en suis la preuve vivante. Lorsqu’un oiseau a peur, d’instinct son réflexe est de s’envoler, même si c’est loin de vous, l’être qu’il aime le plus au monde. Un perroquet sur l’épaule, c’est bien joli, me direz-vous! Il en a l’habitude, il vous aime, jamais il ne s’envolera et de surcroit, il a les ailes taillées. Croire qu’un oiseau qui a les ailes taillées ne peut pas voler vous donne un faux sentiment de sécurité : un coup de vent suffit pour l’emporter au loin et revenir peut parfois sembler périlleux pour lui, voire impossible. Mon Billy n’aurait pas survécu trois jours dans ce milieu hostile s’il avait eu les ailes taillées, j’en suis convaincue! Les façons les plus sécuritaires pour profiter du plein air avec votre oiseau sont sans contredit le harnais et le transporteur.

En lisant ce récit, vous comprendrez que nous avons à cœur de sensibiliser les vétérinaires pour les inciter à vérifier la présence d’une micropuce chez tout animal examiné pour la première fois; c’est le seul espoir de retrouver mon oiseau qui me reste.

On se reverra Billy! Un jour, on sera à nouveau réunis!